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Récits d'un engagé en Algérie
Un livre à lire. Auteur Francis Mauro. (sociétaire des écrivains combattants & des gens de lettres. associations reconnues d'utilité publique.) Il s'agit d'un ouvrage écrit par un soldat qui a participé pendant 39 mois aux plus durs combats sur la frontière tunisienne.(dans un régiment d'appelés le 4e régiment de Hussards)
Encore un vous me direz ? Oui, mais chaque livre est différent, et celui ci vaut d'être lu. 210 pages format 15X21 Prix franco 19€ Pour vos commandes et plus de renseignements:francis.mauro@orange.fr Extraits: Les bleus se particularisent
Les nouvelles recrues arrivent pour remplacer les libérables. Ils viennent du 7ième cuirassier de Noyon dans l’Oise, après trois mois de classes intensives. Ils sont amalgamés dans les groupes de combats selon leurs capacités et les besoins, à raison de moitié avec les anciens. Bien vite ils seront au pas avec les pelotons, malgré leur inexpérience. Le cafard, le manque de motivation pour cette Algérie française, pour leur première opération, certains nous surprirent par leur sens du combat, leur endurance que nous croyions être le seul panache de nous, les anciens ! Etre ancien à l’armée est presque une religion. Cette après midi-là, il fait très chaud comme à l’habitude, à l’ombre des murettes, nous regardions des T6 qui tournoyaient dans le ciel bleu sans un nuage. Soudain, les piqués se succèdent, suivis de mitraillages puis de lâchers de roquettes qui explosent dans un bruit d’enfer, amplifiés par les djebels environnants. Les bleus sont au spectacle. Une fumée noire s’élève. Deux autres T6 viennent à la rescousse à tour de rôle. Ils piquent sans relâche et mitraillent le terrain à quelques kilomètres de nous. La radio de notre poste est en plein trafic avec les avions qui ont repéré une bande de rebelles, un convoi muletier avec six rebelles en armes. Le message radio dit à peu près çà : - Avons intercepté convoi de mules et six hommes en armes du FLN en Seul un piper est venu pour suivre l’opération que nous allons mener en attendant le retour des autres avions. Effervescence au poste, nos bleus font grise mine, le spectacle est terminé. C’est à eux de jouer une pièce à présent. Leurs compagnons anciens les rassurent le mieux possible, les aide en leur indiquant les quantités d’eau à prendre, les munitions, le paquet de pansements individuels à ne pas oublier. Ils font valoir leur expérience avec le plus grand sérieux. Ils savent les anciens que ce n’est pas de la rigolade. Eux, ils ont essuyé les plâtres, seuls, sans conseil, ils ont tout appris d’eux-mêmes avec beaucoup de déboires. Par respect pour les bleus, ils ne veulent pas qu’ils subissent les mêmes ennuis de l’inexpérience. Cela s’appelle la cohésion des frères d’armes qui vient subitement, instinctivement, naturellement, sans que l’on sache pourquoi. Les préparatifs sont finis, le rassemblement pour les dernières consignes des chefs de peloton, le départ est proche. Les chefs de pelotons hurlent des ordres : - Départ dans cinq minutes ! Casque lourd ! Eau et vivres pour 24 heures ! Le deuxième peloton en tête, distance Au complet, les pelotons quittent le poste un à un, à la file indienne. En tête, le sous-officier, chef de groupe, qui connaît le terrain, derrière lui, ses voltigeurs avec leur PM mat 49, ensuite le brigadier avec le FM Bar US. Puis des fusils avec le lance grenade en appui. Tous les groupes sont à peu près composés de cette façon. Des éléments légers et maniables à l’avant. Des pièces plus lourdes à l’arrière en appui. Nos bleus semblent inquiets. Nous arrivons à proximité des lieux où les avions ont mitraillé, cela fume encore. Les premiers éléments arrivent dans un oued asséché, la végétation est dense, des gros rochers parsèment les abords de l’oued, il peut y avoir un Fell derrière chaque obstacle. Nos bleus sont à l’épreuve, ils se penchent, l’arme en avant, prêts à tout. Ils se coulent en se protégeant derrière le moindre petit repli de terrain. Comme ils ont appris pendant les classes ! Les colonnes suiveuses se mettent en bouclage autour du point de combat. Un peloton fouille les lieux méticuleusement. Résultat, rien ! Des pierres cuites et fumantes, des douilles de 7,5 des T6, les trous noirs des explosions des roquettes. Les hommes se regroupent près de la radio et du capitaine pour les ordres. Un coup de feu claque, le capitaine se jette de côté. Une balle a passé entre lui et son radio. Elle vient de vingt mètres pas plus de l’oued ! Oui ! Derrière les lauriers roses où se fait entendre un bruit de culasse. Tout le monde s’interroge. - Que se passe-t-il ? Un bleu, lui, a tout compris en une fraction de seconde. D’où venait le coup de feu. Et pourquoi. Il fait volte face, épaule vivement son Garant, vise et lâche ses huit coups très vite en direction des lauriers rose où une ombre s’effondre. Un fells roule hors des lauriers une arme à la main. Un autre bleu avait vu aussi la scène. Ayant contourné l’oued, il vide le chargeur de son PM sur le Fell déjà bien atteint. Le rebelle a cessé de vivre. - Bravo les bleus ! Le fells avait un PM Beretta italien de Il n’y avait plus de bleus à partir de cet instant… Nos bleus ont bien prouvé qu’ils étaient dignes de notre confiance. Pour en faire plus. Quand nous découvrîmes le corps d’un fells tué par une roquette tiré par un T6, le pied du malheureux séparé de son corps qui se trouvait plus loin. Un bleu ramassa le pied, le jeta sur un de ses camarades. Tout l’après midi durant notre progression, le pied alla de mains en mains. Démonstration macabre et sacrilège, écœurant, nous devons bien l’avouer. Quand l’on vient de vivre des moments intenses, presque irréels, il est bon de s’extérioriser par des actes encore plus irréels pour se prouver que l’on est encore vivant parmi les morts. Les mules furent retrouvées, avec des sacs de nourritures. Un autre fells était également tué, cela fit trois au total. Les musulmans de la mechta leur feraient des obsèques. Cela servira en même temps à monter le sort des HLL. Bilan de l’opération, trois rebelles abattus, une arme récupérée, des munitions, des documents, des mules, pas mal ! Le capitaine et quelques autres avaient eu chaud quand même ! Nos bleus pouvaient rentrer au poste la tête haute, nous n’avions plus rien à leur apprendre.
Les huit fellaghas5 février 1957
La mechta Daria, au Nord-Ouest, à cinq kilomètres de notre camp, près de l’oued Sloughi. Il est minuit, la lune éclaire par intermittence, au rythme des nuages qui jouent avec elle. Dans les deux PA de Sidi Djemil, une douce chaleur enveloppe les murettes et les constructions en dur où les hussards dorment. Dans les blockhaus, les sentinelles veillent. Tout est calme. Seul le bruit habituel du groupe électrogène ronronne, régulier, rassurant. De ci de là quelques chacals hurlent de temps en temps. Un âne cherche sa maigre pitance dans des cailloux. Des chèvres dorment en boule, couchées sur le sol, près des barbelés. Le chef de garde écrit dans une tente, à la lumière d’une petite ampoule, les sens en éveil, tout en écrivant, prêt à intervenir si une sentinelle l’appelle. Avec tout ce calme, il faut se méfier, on n’est jamais tranquille la nuit en AFN. Plus loin, dans la mechta Daria, huit ombres se glissent sans bruit, de gourbis en gourbis, réveillent les gens, les mettent en surveillance autour de la mechta. Le chef rebelle, un manchot ancien chauffeur de bus, bien connu dans la région, tous les villageois ont au moins une fois pris son bus pour aller en ville. Il fait de la propagande pour le FLN, recrute des jeunes, prélève des vivres et installe des caches. Ils mangent à présent. Après, ils dormiront. Les gens, dehors, montent la garde. Ils sont en sécurité, la nuit est à eux ! Trois heures et demi. Les chefs de garde des deux PA, selon les consignes, réveillent en douceur et silence le premier et le deuxième peloton. Le jus est pris sans bruit selon les ordres : - On part dans une demi-heure ! L’agitation à peine perceptible indique que les pelotons démarrent des postes en direction de la mechta Daria où nos huit fellaghas se reposent, en toute quiétude. Un traître pour les fellaghas. Un ami pour les troupes françaises avait fait des révélations. Le capitaine donne les consignes : - Arrivé devant la mechta, le premier peloton contournera par la droite les gourbis. Le deuxième peloton par la gauche. En silence ! Vous bouclez les gourbis pour éviter toutes fuites. Moi avec un groupe, je ferai le contrôle des papiers. Nous ferons les fouilles au lever du jour. La mechta est complètement encerclée. Les hommes, tapis dans les fourrés, attendent le jour. Il y a une petite cour centrale, tout autour des gourbis et des granges pour le grain et le bétail. Le jour est là. Le début de la fouille commence. Les habitants sont assez surpris de voir tout ce monde d’un coup. Il y a un homme tous les dix mètres autour de la mechta. Il est huit heures. Le capitaine fait venir un à un les habitants hommes pour les contrôler sur le fichier, tout est examiné à la loupe : - Nous n’avons rien trouvé mon capitaine ! dit le MDL. Michel. R…, comme pressé de rentrer. Dans huit jours il est rapatrié. Son temps est fini, vive la quille ! Le capitaine n’avait pas l’habitude de faire travailler ses hommes si prêts de la quille. Mais le MDL était volontaire, pour « casser » un peu de fells avant son retour en France. - Nous allons repartir ! dit le capitaine. Mais dans la grange là-bas, je n’ai vu personne aller la visiter ? - Si mon capitaine, dit le MLD. Michel R…, nous ne pouvons ouvrir la porte, les clefs sont perdues. - Et bien, enfoncez-la, cette porte bon sang ! Le MDL, avec deux hussards, enfoncent la porte qui vole en morceaux. Une boule de feu en sort. Les huit fellaghas « giclent » en tirant de toutes leur armes en même temps, la surprise est totale. Le MDL. Michel R… , reçoit une balle dans le cou. Il lâche son PM, met ses deux mains à son cou où le sang sort en saccades. Il fait les quelques mètres qui le séparent du capitaine en titubant, les yeux rivés dans les yeux du capitaine. Celui-ci lui dit : - Je ne peux plus rien pour toi mon pauvre vieux ! Il en avait vu en Indochine tomber de la sorte. Le MDL. Michel .R…, roule à ses pieds, mort. Les rebelles, eux, profitant du désarroi, le coup de force ayant réussi, se jettent dans l’oued, avec pour but de le remonter pour regagner le djebel tout proche, leur seul et unique salut. Le deuxième peloton manœuvre rapidement et boucle en amont l’oued. Ils ne passeront pas. Le premier peloton, lui, saute dans l’oued à la poursuite de fells, en aval, et remonte l’oued, les fells sont au milieu. Le contact va avoir inévitablement lieu. Huit contre huit aussi aguerris les uns que les autres ! Nous allons vite le savoir. Bientôt la fusillade éclate. Le contact est brutal. Des cris, des voix en arabes, en Français. Des hommes hurlent, touchés à mort. Les PM crépitent. Les coups rapides et secs des Garants fusent. Puis des silences courts, palpables. Et de nouveau les détonations reprennent. Le combat continue. Moi qui suis en bouclage avec le deuxième peloton, j’entends à quelques mètres, à portée de voix un hussard que je reconnais. Il crie : - Tire pas, fellagha, tire pas ! - Si je tire ! répond une voix avec l’accent arabe. Une rafale immédiate de PM, en même temps, le claquement sec du Garant dominent la fusillade. Notre hussard sort victorieux de ce face à face rapproché, ainsi que tous ses camarades engagés dans ce combat. Les six fellaghas tués. Le hussard légèrement blessé de son face à face avec le manchot. Une balle du PM lui avait arraché le protége-main de son Garant qui dévia la balle en arrachant du bois, lui sauvant ainsi la vie. Le hussard put continuer l’opération sans problème. Le bilan à demi-positif. Nous étions dans un sentiment étrange, partagés entre la victoire sur les huit rebelles (sept tués et un prisonnier) et la tristesse de perdre un ami, notre cher camarade le MDL. Michel. R… Nous remontâmes le corps sur une mule, prise chez les gens du village. Une veillée funèbre avec une garde d’honneur fut mise en place, aussitôt le corps arrivé au poste. Le lendemain, une liaison conduit le corps au PC pour être rapatrié dans son petit village de France. Ainsi va la vie ! Il manquait une arme chez les fells, probablement tombée dans l’eau au cours du combat. Le chef d’escadron demande à la population de la mechta Daria de chercher et de la ramener au poste. Tous les jours une délégation de civils vient au poste sans avoir rien trouvé. Le capitaine fait un marché avec les Arabes : - Je vous rends les corps de vos fells si vous me rapportez l’arme. Trois jours après les corps se décomposaient. Il fallut les leur donner quand même sans rien en échange. Le fusil resta introuvable, sûrement pas pour tout le monde. Un fusil, pour le FLN, est quelque chose de plus précieux que sept sépultures, en ces temps de guérillas. La vie reprit, normale, après cinq ou six jours, on oublie vite à 20 ans. - Vivement la quille quand même, disaient certains bientôt libérables !
Si cela vous dit, alors commadez ce livre dont le port vous ait offert, c'est plutot rare non ?
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